La quadrature du cercle

Risques technologiques. Si pour les Verts la vigilance est de mise autour du périmètre de danger établi pour Lubrizol, industriels et service de l’Etat se veulent rassurants.

Paris – Normandie du 07.04.2010

Les inquiétudes suscitées vendredi lors du conseil municipal par la mise en place du périmètre d’étude de dangers autour du site de l’usine Lubrizol (classée Seveso, seuil haut), sur la rive gauche, ne sont pas retombées. Cyrille Moreau, porte-parole du groupe des élus Verts et apparentés, est catégorique : « Nous manquons d’informations et il nous aurait fallu plus de temps pour nous déterminer et donner un avis qui a du sens. Un mois, c’est trop court ». Une vision partagée également par certains membres de l’opposition.

Et même si un avis positif a été rendu par la Ville, assorti d’une demande pour bénéficier d’éléments complémentaires, l’élu écologiste affirme que sur ce dossier, « nous serons vigilants tout au long des phases de concertation qui vont suivre ». Car pour lui c’est clair, si le « cercle de dangers » n’englobe que le site de l’usine (ou à peu près), c’est pour ne pas hypothéquer le projet de construction du futur éco-quartier Flaubert où 10 000 habitants sont attendus à l’horizon 2020. « C’est mal connaître le rôle des fonctionnaires de l’Etat et leur souci de vérité », rétorque Philippe Ducrocq, le directeur de la Dreal, qui a élaboré le rapport qui sert de base à la prescription du Plan de prévention des risques technologiques (PPRT) qui doit être établi dans les mois à venir.

Même étonnement du côté d’Isabelle Striga, directrice hygiène qualité environnement de Lubrizol : « Nous sommes surpris car on travaille avec les services de l’Etat en permanence. Mais les élus ont raison de s’interroger et notre communication n’a probablement pas été suffisante. Pourquoi le cercle de dangers n’est pas très large ? Il a été défini par la Dreal et le préfet après inspection du site et sur la base des conclusions d’une étude de danger réalisée par un cabinet d’experts. Nous sommes prêts à communiquer plus dans le détail. Le PPRT est un sujet très technique, mais contrairement à ce qui a été dit, nous n’avons pas de cuve d’ammoniac ».

Elle poursuit sur des travaux destinés à améliorer la sécurité du site : « l’Etat nous a demandé des mesures complémentaires avec un calendrier à respecter. Nous allons les mettre en place de façon imminente. Lesquelles ? Il est un peu tôt pour en parler, cela fait l’objet de discussions avec la Dreal. »

Laurent Derouet (avec G. T.)


3 questions à… Philippe Ducrocq
«Le risque zéro n’existe pas»

Philippe Ducrocq est directeur de la Dreal, l’organisme en charge du contrôle des installations classées.

Le conseil municipal de Rouen a demandé davantage de précisions sur le périmètre d’étude du PPRT. Comprenez-vous cette requête?

Philippe Ducrocq: «Les services de l’Etat ont informé le conseil municipal de Rouen à l’occasion d’une réunion à laquelle ont participé des élus. Nous avons répondu à leurs questions. La phase de concertation débutera lorsque le préfet aura prescrit le PPRT en tenant compte de l’étude de dangers qui lui a été remis. C’est sur ce point que l’avis de la Ville a été demandé. Mais elle sera évidemment associée à la suite de la procédure».

Pourquoi ne pas retenir les effets de projection dans la nature des risques pris en compte?
«Car ce risque est impossible à modéliser. Il est trop aléatoire. C’est par exemple, une vitre qui explose. Il peut y avoir quelques morceaux de verre ou une fenêtre entière».

Le périmètre d’étude du PPRT est-il définitif?

«Non, il peut être réduit durant la phase de concertation si une réduction des risques
A la source est effectuée par l’entreprise. L’agrandir voudrait dire en revanche qu’un risque majeur aurait été oublié lors de l’étude ce qui est hautement improbable. Quant à l’éventualité d’un accident majeur, elle ne peut jamais être écartée. Le risque zéro n’existe pas. Mais, notre mission est de le réduire au maximum»


« Rien de nouveau »

A la fois maire du Petit-Quevilly, commune à qui la préfecture a aussi demandé d’émettre un avis, et vice-président à la Crea chargé notamment du développement durable, Frédéric Sanchez (PS) est loin de partager l’avis des élus Verts rouennais : « Notre conseil municipal a déjà rendu un avis favorable à la demande de la préfecture concernant ce PPRT. C’est avant tout une procédure administrative car en ce qui concerne le site de Lubrizol il n’y a rien de nouveau en matière de type de production ou de dangerosité ».
Pour l’élu, qui suit évidemment de près la question du quartier Flaubert au sein de la Crea, « cette question est connexe. L’important, c’est de regarder aujourd’hui les risques éventuels dans cette zone et de les traiter aujourd’hui. La proximité de Lubrizol et du site à aménager est connu, mais c’est justement aujourd’hui qu’il faut s’en préoccuper. »

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